Picoti https://www.picoti-magazine.com Tue, 19 Jun 2018 08:26:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.6 Être bébé au Sénégal https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/1471 https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/1471#respond Mon, 18 Jun 2018 08:00:31 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1471 En juillet, Picoti vous invite au voyage ! Avec ce dossier, «.Être bébé au Sénégal.», la rédaction inaugure une série d’interviews consacrées à la petite enfance sous d’autres horizons. Car qu’y a-t-il de plus enrichissant que de découvrir comment vivent les bébés dans d’autres pays, sur d’autres continents ? Pour ouvrir le bal, Idrissa Ba, pédospychiatre au Sénégal, nous parle des tout-petits de son pays et de leur place au sein d’une société en pleine mutation, entre modernité et traditions.

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Comment considère-t-on le bébé dans la société sénégalaise?

Idrissa Ba : Comme une récompense ou un don de Dieu, avec ses mystères et ses paradoxes. En effet, selon les croyances sénégalaises, le bébé est à la fois petit (par sa condition d’inachevé et sa dépendance  absolue à l’égard de l’adulte) et grand, parce qu’il est considéré comme la réincarnation d’un ancêtre. Il vient du monde des esprits et, après sa naissance, les parents, et plus particulièrement la mère, doivent le réinscrire dans le monde des humains. Traditionnellement, cela se fait à travers différentes étapes rituelles.

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Quels sont ces rituels ?

I. B. : Malgré les mutations profondes qui traversent nos sociétés actuelles (modernité, urbanisation, mondialisation, etc.), certains rituels persistent, même s’ils ont perdu de leur signification et de leur valeur.

  • Avant la première mise au sein, le bébé absorbe, goutte par goutte, une boisson spirituelle confectionnée par le marabout ou le guérisseur du village.
  • L’attribution du prénom se fait avant le sacrifice du mouton. Le prénom est choisi en référence aux grands-parents, à une tante paternelle ou une personne préférée du père. L’homonyme est choisi judicieusement parce que, selon les croyances sénégalaises, l’enfant hérite de sept traits de caractère de celui dont il porte le prénom.
  • Le premier portage au dos se fait au huitième jour du bébé ou lors de la chute de son cordon ombilical, par une jeune fille qui va ainsi, elle aussi, transmettre son caractère au nouveau-né. Elle fait le tour du pâté de maisons en ramassant sept brindilles, afin de garantir à l’enfant santé mentale et intelligence. Le bébé doit rester sur le dos de la jeune fille jusqu’à la tombée complète de la nuit, pour lui éviter de développer une peur du noir.
  • Le sevrage, vers 3 ou 4 ans, obéit également à un rituel, réalisé par le marabout ou le guérisseur. L’officiant récite des versets du Coran ou des formules magiques, sur des galettes de mil ou du pain. L’enfant consomme cette nourriture spécifique pendant une journée, pour qu’il se détourne du sein maternel.

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Accouchement et premier bain

Pour faciliter l’accouchement, la mère sénégalaise se débarrasse des gris-gris et amulettes portés tout au long de sa grossesse. Son entourage féminin lui prodigue des massages et lui prépare des boissons naturelles à base de bissap (hibiscus), de kel (plante gluante) et de dattes. Au Sénégal, plus de 40 % des femmes accouchent à domicile. Elles peuvent être assistées par des accoucheuses traditionnelles, appelées « mères des accouchées ». Après la naissance, la mère et l’enfant se remettent de cette épreuve par un long repos et des traitements spéciaux. Par exemple, on donne au bébé un bain rituel en trois phases : le premier bain se fait à l’eau tiède, le deuxième avec du savon et le troisième avec un bijou en or, un en argent et du mil immergés. Cela doit garantir à l’enfant une longue vie, la santé et la prospérité.


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Comment s’organise la famille sénégalaise, autour du tout-petit ?

I. B. : La mère joue un rôle capital auprès de son bébé, avec lequel elle a une relation presque exclusive pendant les premières années. Elle le nourrit, le soigne, l’apaise, le console. Elle le porte sur son dos ou dans ses bras une grande partie de la journée. Elle lui apprend à sourire, à jouer, à s’asseoir, à marcher et à parler. Le tout-petit se détache progressivement de sa mère, au fur et à mesure de ses différentes acquisitions. C’est d’ailleurs pour cela qu’en milieu africain l’âge de l’enfant est moins évalué en mois et en années que par son acquisition de la position assise, de la marche, du langage, de la propreté, etc. Le père incarne l’autorité mais, en général, son implication effective dans l’éducation de l’enfant se conçoit seulement à partir de sa troisième ou quatrième année (après le sevrage). C’est lui qui, par son travail, assure le plus souvent les moyens matériels de la famille sénégalaise. Il est respecté et obéi sans discussion et en toutes circonstances. Son autorité est, en principe, quasi absolue. Elle s’impose à l’enfant au moins jusqu’à l’adolescence.


Les avantages de porter bébé

Les mamans africaines portent leurs tout-petits contre elles une grande partie de la journée. Cette promiscuité corporelle rassure le bébé et lui donne un sentiment de sécurité. Bercé par les mouvements de l’adulte, le bébé porté sur le dos, dans une étoffe, pleure peu et dort près de 80 % du temps. Ce type de portage, offrant à l’enfant la possibilité de suivre son parent dans ses activités quotidiennes, l’incite à découvrir son environnement, lui permet d’apprendre du vocabulaire et facilite sa socialisation. Grâce au mouvement, il stimule aussi son système nerveux, ce qui booste son développement psychomoteur et lui permet, souvent, un apprentissage précoce de la marche. 


Quel rôle joue la communauté dans l’éducation de l’enfant ?

I. B. : Dans la société traditionnelle africaine, l’enfant est non seulement l’enfant de ses parents mais aussi celui de la communauté. L’entourage (les adultes de la famille ou du village) peut aider les parents dans leurs tâches. Il a un droit de regard et exerce un certain contrôle social. Il peut surveiller l’enfant et le défendre contre toute dérive des adultes. Les grands-parents, par exemple, « atténuent » parfois certains comportements sévères des parents. Les aînés peuvent également éduquer l’enfant, par exemple par le biais de contes ou de proverbes transmis oralement et servant à partager une leçon, une expérience ou un conseil de sagesse. Mais aujourd’hui, du fait de la nucléarisation des familles, certains parents sénégalais ont recours à d’autres substituts : nounous, crèches ainsi que les « cases des tout-petits » (équivalents de l’école maternelle, à partir de 2 ans), symboles d’une attention grandissante des autorités sénégalaises accordée, depuis les années 2000, à la petite enfance et à son éducation.

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Idrissa Ba est pédopsychiatre addictologue, coordonnateur technique du Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (CEPIAD) au Centre hospitalier national universitaire de Fann, au Sénégal. Il est l’auteur de nombreux articles concernant la petite enfance en Afrique (notamment « Comment penser l’enfance ici et ailleurs ? Faut-il vraiment tout un village pour élever un enfant ? », Idrissa Ba et al., dans la revue Spirale n° 79).

 


Dossier réalisé par Elise Rengot.

Illustration : © Laurent Simon.

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Écouter les colères de bébé https://www.picoti-magazine.com/blog/ecouter-coleres-de-bebe https://www.picoti-magazine.com/blog/ecouter-coleres-de-bebe#respond Fri, 18 May 2018 08:00:57 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1456 Alerte rouge ! Au beau milieu du supermarché, vous venez de dire « non » à bébé. Votre petit se met alors à hurler, à taper des pieds… voire à se rouler par terre ! C’est LA grosse colère. Impossible de le calmer. Tout comme Ferdinon le petit mouton, bébé a beaucoup de mal à gérer cette émotion qui le dépasse. Alors, quelle attitude adopter ? Comment accueillir au mieux la colère de son enfant tout en respectant ses propres limites de parent ? C’est ce que Sophie Aucourt, formatrice en communication bienveillante, nous explique ce mois-ci dans Picoti.

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Pour quelles raisons un bébé se met-il en colère ?

Sophie Aucourt : Tout simplement pour atteindre la satisfaction d’un besoin qu’il ne peut exprimer en mots. Le tout-petit peut se fâcher s’il a faim, soif, chaud, froid, s’il veut un câlin ou s’il refuse d’être seul par exemple. C’est un moyen pour lui de dire que la situation ou le comportement de l’autre ne lui convient pas !

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Pourquoi se laisse-t-il souvent déborder par sa colère ?

S. A. : Un enfant n’est pas capable de gérer ses émotions car son cerveau n’est pas encore adapté pour cela. Le cortex (partie du cerveau permettant de relativiser, d’imaginer ce que ressent l’autre, de peser le pour et le contre, etc.) se construit lentement. Pour que son développement soit complet, il faut attendre que le bébé ait… 25 ans ! Impossible, donc, pour un jeune enfant de canaliser sa colère : il ne peut que la vivre pleinement, avec des larmes et des cris, à moins que son besoin ne soit satisfait.

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Comment réagir face la colère d’un tout-petit ?

S. A. : Même en colère, le bébé a besoin de présence et d’accompagnement. La psychologue suisse-américaine Aletha Solter dit d’ailleurs : « C’est lorsqu’ils semblent en mériter le moins que les enfants ont le plus besoin d’amour et d’attention. » Je conseille donc, avant tout, d’écouter l’enfant et d’accueillir sa colère. Ce n’est pas toujours facile : parfois, les parents n’en peuvent plus, et c’est normal ! Ils peuvent alors s’isoler un peu et prendre quelques minutes pour eux… Ils vont ainsi pouvoir se calmer et, ensuite, accorder à l’enfant une écoute plus posée. Le tout-petit pourra alors exprimer ses émotions, ce qui le déchargera d’un poids. Si on ne lui offre pas cette possibilité, il risque d’emmagasiner ses colères jusqu’au moment où, telle une Cocotte-Minute, il va exploser et être tout le temps fâché.

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En quoi la communication bienveillante peut-elle aider les parents à gérer les colères des petits ?

S. A : La communication bienveillante privilégie la relation à toute notion de pouvoir. Dans la famille, cela veut dire que les parents évitent les punitions, les menaces et les récompenses comme outils pour éduquer l’enfant et qu’ils cherchent à entendre les besoins de chacun. Cela leur permet d’acquérir une autorité naturelle et authentique, exprimée dans le calme et le respect. Au quotidien, la communication bienveillante implique d’établir ensemble les règles et de gérer les conflits de la famille en écoutant ses membres, afin que chacun se sente responsable. L’enfant peut donc exprimer son désaccord même si, bien sûr, les parents se positionnent fermement sur les sujets qui leur semblent importants. Si l’enfant se fâche, je déconseille de le faire taire en le punissant dans sa chambre par exemple, car le message qu’on lui fait passer à ce moment-là est : « Tu dois te débrouiller seul ! » Cela peut causer des blessures d’abandon. Écouter l’enfant en colère, même sans lui céder, c’est lui montrer qu’il peut compter sur ses parents (ou d’autres figures d’attachement) et qu’il est complètement accepté pour ce qu’il est.

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Comment se faire obéir, sans punitions ni menaces ?

S. A. : Pour se faire obéir, les parents doivent avoir une « boîte à outils » bien garnie, car une solution peut fonctionner un jour et pas l’autre. Je ne peux que leur donner des pistes : privilégier la coopération, proposer des choix à l’enfant, faire appel à son imaginaire, bien adapter l’environnement à ce qu’on lui demande de faire, attirer son attention sur ce qui est permis, mettre en valeur ce qu’il a fait de positif dans la journée… Dans tous les cas, les parents ne peuvent pas éviter qu’il y ait parfois des crises : il faut les accueillir comme elles viennent. Certes, parfois, ce n’est pas le bon moment (fatigue, regard des autres…). Les parents trouvent alors souvent des stratégies, comme détourner l’attention de l’enfant ou accéder à sa demande pour éviter la crise. Dans l’idéal, il faudrait être capable de rester ferme sur ses positions, tout en accordant une oreille attentive à la frustration de l’enfant. Pas toujours simple !

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Après 20 ans d’expérience dans le secteur de la communication d’entreprise, Sophie Aucourt est devenue formatrice en communication bienveillante. Elle anime actuellement des ateliers interactifs pour parents et enseignants, en tant que membre de l’association Entendons-nous.

Depuis sa création, en 2012, cette association promeut, partout en France, la communication bienveillante et non-violente au sein de toute relation (en famille, à l’école et au travail). Elle propose, entre autres, des ateliers de formation aux méthodes « Gordon » (méthode de communication avec ses enfants et avec l’autre parent, reposant sur l’écoute, l’expression de ses besoins et, pour les plus grands, la résolution des conflits sans perdant) et « Faber et Mazlish » (approche de la communication en famille basée, elle aussi, sur l’écoute ainsi que sur l’empathie, le respect des émotions de l’autre et la gratification).

Plus d’infos sur le site : www.entendons-nous.fr


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Dossier réalisé par Elise Rengot.

Illustration : © Clothilde Delacroix.

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Il pleut, il mouille avec Rémi https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/pleut-mouille-remi https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/pleut-mouille-remi#respond Fri, 27 Apr 2018 15:34:37 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1446 Apprenez quelques mots de la langue des signes française (LSF) pour mimer cette comptine traditionnelle. Vous pouvez aussi signer “Grenouille” et “Escargot” sur le bras de l’enfant.

Il pleut, il mouille
C’est la fête à la grenouille
Il pleut, Il fait beau
C’est la fête aux escargots

Il pleut il mouille avec Rémiil pleut il mouille grenouille rémi comptineil pleut il fait beau chanson langue des signes

 

C'est la fête aux escargots - Rémi langue des signes

Page réalisée en partenariat avec Rémi

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Bébé au musée https://www.picoti-magazine.com/blog/bebe-au-musee https://www.picoti-magazine.com/blog/bebe-au-musee#respond Wed, 18 Apr 2018 08:00:35 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1430 En plein développement sensori-moteur, nos bébés sont de véritables touche-à-tout, avides de découvrir leur environnement. Si bien que leur envie de bouger est difficile à brider ! Dans ces conditions, comment envisager d’aller au musée ? Par crainte de déranger les autres visiteurs, nous n’osons parfois pas nous y aventurer. Pourtant, les lieux d’art des plus grands s’ouvrent désormais aux plus petits et des musées spécialement conçus pour eux voient le jour un peu partout. Les visites et les ateliers qui y sont proposés sont une formidable occasion d’éveiller nos petits à la culture et de développer leur créativité. Alors, suivez le guide…

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Des musées entièrement dédiés

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Musée en herbe à Paris, Cité des enfants à la Villette, Quai des petits à Toulouse… Les tout-petits ne manquent pas de musées conçus exprès pour eux. Créé il y a 5 ans par Pauline Lamy (diplômée en histoire de l’art et en médiation culturelle dédiée au jeune public), le Musée de poche, à Paris, ouvre ainsi grand ses portes aux moins de trois ans. « Nous exposons essentiellement des illustrations originales de livres jeunesse, explique sa fondatrice. Nous les accrochons très bas pour qu’elles soient à la portée des tout-petits et nous n’hésitons pas à décrocher certains tableaux sous verre pour qu’ils puissent les toucher ! » Dès leurs premiers mois, les bébés sont invités à participer avec leurs parents à des ateliers d’initiation par le biais de contes. Les 2-3 ans peuvent aussi se pencher sur une œuvre et s’en inspirer pour faire une création artistique. Les jeunes enfants peuvent aussi faire une visite libre avec des manipulations et un livret-jeu (à partir de 3 ans). Bref, impossible de s’ennuyer !

Bienvenue au Musée de Poche !

 

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Les musées de « grands » s’adaptent

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Une visite pour les bébés, au Louvre-Lens

En France, de plus en plus de musées proposent, eux aussi, des ateliers pour bébés, comme le centre Pompidou et le musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris, le muséum de Rouen, le musée Matisse et le musée Bonnard sur la Côte d’Azur… C’est aussi le cas du Louvre-Lens qui, depuis 2014, accueille les 9 mois-2 ans pour des visites. Au programme ? « Une immersion dans le musée, à l’image des bébés nageurs à la piscine, répond Loraine Vilain, médiatrice culturelle du Louvre-Lens. Les groupes sont réduits pour qu’un lien personnel se crée entre les tout-petits et le médiateur. Chacun est confortablement installé sur des tapis pour observer une œuvre de grande taille. Celle-ci est présentée de façon à solliciter les cinq sens, afin de rendre les enfants acteurs de leur visite, et sert de support pour une activité. » Cette démarche a demandé aux médiateurs du musée de s’adapter : initialement orientés vers l’histoire de l’art et les arts plastiques, ils ont travaillé avec des micro-crèches locales, pour se sensibiliser à l’approche des tout-petits. « Ces ateliers ont beaucoup de succès, se réjouit Loraine Vilain. Nous avons d’ailleurs créé un deuxième programme un peu similaire, destiné aux 2-3 ans. »

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Un public pas si facile…

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Un joli bricolage, au Musée de Poche

Intéresser des enfants si jeunes à l’art est un défi ! « Comme ils sont timides, remarque Pauline Lamy, il faut commencer par briser la glace et installer un climat chaleureux, en les appelant par leur prénom par exemple. » Les animateurs du Musée de poche mettent tout en œuvre pour capter leur attention et les amuser. « Il faut parler lentement et adapter son vocabulaire, sans pour autant “parler bébé”. Notre conteur chante et s’accompagne au banjo et à l’harmonica. Il utilise aussi des marionnettes pour tenir les bébés en haleine ! » Même combat au Louvre-Lens, où les médiateurs multiplient comptines, jeux et effets de voix. Mais pour que les bébés se prennent vraiment au jeu, une seule solution : les parents doivent participer activement. « Ils doivent chanter avec nous et mettre les mains dans la peinture, prévient Pauline Lamy. Cela offre de jolis moments de complicité ! »

 

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… mais très ouvert !

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Une fois leur attention captée, les bébés sont prêts à toutes les expérimentations sensorielles. « Ils sont sans a priori et adorent toucher, faire du bruit, créer et même parfois goûter, s’enthousiasme Pauline Lamy. C’est un public passionnant qui n’a pas froid aux yeux et qui ne fait pas semblant ! » Les tout-petits peuvent s’intéresser à des œuvres variées. Au Louvre-Lens par exemple, ils apprécient autant les œuvres contemporaines de François Morellet que les statues antiques. Une diversité qui peut étonner : « Au début, nous pensions qu’il ne fallait leur présenter que des œuvres très colorées, raconte d’ailleurs Loraine Vilain. Mais nous avons constaté qu’ils étaient parfois naturellement attirés par des œuvres plus sombres ou dont on aurait pu penser qu’elles pouvaient leur faire peur ! » Tout dépend de si elles font écho à la vie de l’enfant ou non, et de la façon dont celui-ci va pouvoir se les approprier…

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Une belle expérience, même sans le guide

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Il est tout à fait possible d’emmener bébé au musée en dehors des ateliers… Mais pour que l’expérience soit agréable, il faut se préparer ! N’hésitez pas à vous renseigner à l’avance sur les dispositifs mis en place pour l’accueil des familles (accès aux poussettes, tables à langer, etc.) et choisissez des heures de faible affluence, en matinée par exemple. Prévoyez une visite courte, tout en laissant à bébé le temps de regarder et de réagir. « L’envie de partager, même sans connaissance artistique, suffit aux parents pour guider leur tout-petit, rassure Loraine Vilain. Faire observer les couleurs et les formes, raconter une histoire, chanter une comptine : c’est à la portée de tous ! » Avec ou sans guide, les enfants tireront toujours des enseignements précieux de leur visite. « Ils s’initient à l’art mais font aussi beaucoup d’autres apprentissages : comprendre les règles à respecter, entrevoir la notion de patrimoine, fréquenter des personnes extérieures, explorer de nouveaux territoires... confirme Pauline Lamy. Et c’est surtout l’occasion de passer un bon moment en famille ! »

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Des « baby-visites » avec les 0-8 mois

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Un bébé zen au Musée d’art moderne de Paris

C’est ce que proposent depuis deux ans Isabelle Martinez et Marie-Josèphe Bérengier, chargées d’action culturelle du musée d’Art moderne de Paris ! Preuve que l’on n’est jamais trop jeune pour une visite… « Nous offrons aux parents des moments de relaxation (avec du wutao et du yoga) au sein du musée, avec leur tout-petit contre eux en porte-bébé, explique Isabelle Martinez. La visite continue par une déambulation en douceur dans l’exposition ou les collections. Nous incitons les parents à s’approcher des œuvres, à les observer et à communiquer avec leur enfant. Nous proposons ensuite un atelier où les bébés manipulent des sacs sensoriels et les parents construisent à côté un objet souvenir à emporter. L’ambiance est calme et zen, et cela se passe toujours bien : nous n’avons jamais eu de bébés en crise ou très agités ! »


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Dossier réalisé par : Elise Rengot.

Illustration : © Laurent Simon

 

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La rue aux enfants https://www.picoti-magazine.com/blog/rue-aux-enfants https://www.picoti-magazine.com/blog/rue-aux-enfants#respond Sun, 18 Mar 2018 09:00:44 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1410 Marcher en ville avec de jeunes enfants peut parfois se révéler épuisant.: slalomer avec la poussette entre les potelets et les voitures mal garées, retenir son souffle quand le grand évite in extremis le cadeau laissé sur le trottoir par un chien un peu perfide, user de son don de télépathie afin que la petite dernière sur sa trottinette s’arrête bien AVANT le passage protégé… Heureusement, il y a désormais les rues aux enfants ! Picoti a interviewé Anne-Marie Rodenas, présidente de Cafézoïde, l’une des associations portant cette belle initiative.

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Qu’est-ce qu’une rue aux enfants ?

Anne-Marie Rodenas : C’est une rue que l’on ferme temporairement à la circulation motorisée. Les riverains peuvent en profiter pour se promener et se rencontrer, dans une ambiance conviviale. Les enfants, quant à eux, peuvent y faire leur « métier d’enfant », c’est-à-dire jouer en toute liberté et en toute sécurité. Souvent, une rue aux enfants est aussi l’occasion, pour des parents, des associations ou des collectivités, d’organiser diverses animations : par exemple des spectacles de marionnettes en plein air, des parcours de trottinettes, des ateliers de jardinage, de peinture, de mosaïque ou de dessin à la craie sur le sol…

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Qu’est-ce que cela peut apporter aux plus jeunes ?

A.-M. R. : Outre l’occasion de jouer et de s’amuser, les rues aux enfants leur donnent la possibilité de découvrir ce qu’est la rue : un environnement extérieur qu’ils ne peuvent pas vraiment explorer le reste du temps. En effet, de nos jours, les enfants citadins restent souvent à l’intérieur ou dans des espaces clos prévus pour eux. Une rue aux enfants leur propose un nouvel espace de liberté et de découvertes, où ils ont la possibilité de se confronter au réel et de développer leur autonomie, ce qui est essentiel pour leur bon développement. Elle leur offre également une touche d’imprévu : pour une fois, les enfants ne savent pas d’avance ce qu’il va se passer ni qui ils vont croiser. Ils peuvent rencontrer d’autres adultes et d’autres enfants qu’ils n’ont jamais vus à la crèche ou à l’école. Certains n’ont pas leur âge mais ils vont pourtant adorer jouer et échanger avec eux. Ces nouvelles rencontres, parfois intergénérationnelles, sont des outils précieux pour bien grandir !

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Pourquoi une rue plutôt qu’un parc ?

A.-M. R. : Dans un parc, il y a des barrières, des structures de jeux destinées à telle ou telle tranche d’âge… Tout est codé, même les sols qui sont aménagés pour amortir les chutes ! Aujourd’hui, l’enfant manque de terrains d’aventure. La rue peut en être un pour lui, avec ses dangers (qu’il va apprendre à gérer) et ses inconnues. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire prendre des risques aux petits : lors des rues aux enfants, les adultes – pas seulement les parents – se montrent tous attentifs et prêts à intervenir en cas de besoin. Autre aspect intéressant de la rue : elle permet non seulement le jeu et la rencontre, mais aussi l’exercice de nombreux petits métiers sur le point de disparaître et pourtant utiles, comme celui de bouquiniste, de vendeur de glace ou de réparateur ambulant… Dans l’une de nos rues aux enfants par exemple, une dame est venue avec sa machine à coudre pour raccommoder les vêtements que les gens lui apportaient.

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Pourquoi les enfants jouent-ils de moins en moins dans la rue ?

A.-M. R. : Je remarque que les habitants des villes ont globalement du mal à sortir. Ils sont habitués à avoir un toit sur la tête et un radiateur à côté d’eux, et ils appréhendent parfois un peu les activités en extérieur. Mais finalement, une fois dehors, on voit bien qu’enfants et parents sont très heureux ! Si les enfants jouent moins souvent qu’avant seuls dans la rue, c’est aussi bien sûr à cause des voitures. La circulation automobile est en constant développement et rend la rue plus dangereuse. Les parents d’aujourd’hui préfèrent que leurs enfants restent à la maison et qu’ils ne rentrent pas seuls de l’école. Leur inquiétude est encore renforcée par les nombreux faits divers qu’ils entendent aux infos et qui les paniquent totalement…

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En quoi les rues aux enfants peuvent-elles diminuer ces risques ?

A.-M. R. : D’une part, elles permettent aux enfants de renforcer leur autonomie et de prendre conscience des dangers de la circulation. Les parents peuvent profiter de ces journées pour leur apprendre à marcher sur le trottoir, à traverser au bon moment, à comprendre la signalisation, à faire du vélo sans prendre de risques, etc. D’autre part, les rues aux enfants permettent aussi aux voisins de mieux se connaître et de se faire davantage confiance. Cela peut ôter certaines craintes aux parents, créer du lien social et permettre une prise en charge des enfants un peu plus collective… comme dans un village !

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Anne-Marie Rodenas est la présidente du Cafézoïde, premier « café des enfants » créé à Paris en 2002. Il est ouvert toute l’année, du mercredi au dimanche et propose trois ateliers artistiques par jour, pour les enfants de 0 à 16 ans et leurs familles. L’association Cafézoïde fait partie du collectif « rues aux enfants, rues pour tous », et organise une rue aux enfants sur le quai de la Loire, à Paris, tous les dimanches après-midi.

 


Le Cafézoïde est l’une des premières associations à organiser des rues aux enfants en France, à partir de 2005. Au début, il s’agit plutôt d’une ludothèque de rue, mise en place avec une conviction : il faut attribuer aux enfants la place qui leur est due dans leur ville, en respect des principes de la Convention internationale des droits de l’enfant. Dix ans plus tard, les Parisiens votent pour inscrire les rues aux enfants au budget participatif de la mairie de Paris. D’autres associations se joignent ensuite au Cafézoïde (l’AACEJ, la Rue de l’Avenir et Vivacités) afin de créer le collectif « Rues aux enfants, rues pour tous ». Ils organisent alors les premières rues sans aucune voiture et multiplient les initiatives, à Paris et en région. Chaque année, ce collectif lance un appel à projets en vue d’accompagner les villes ou les associations qui souhaiteraient devenir organisatrices.

Plus d’infos sur :


Dossier réalisé par Elise Rengot

Illustration : © Clothilde Delacroix

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Une visite à la ferme pédagogique https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/visite-a-ferme-pedagogique https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/visite-a-ferme-pedagogique#respond Sun, 18 Feb 2018 09:00:31 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1394 Depuis 2001, à Ramonville-Saint-Agne, la Ferme de Cinquante accueille petits et grands dans un écrin de verdure. En groupe ou en famille, voilà l’occasion rêvée pour les enfants citadins de faire de jolies découvertes ! L’été dernier, ce sont les tout-petits du multi-accueil Borderouge qui sont allés à la rencontre des animaux de la ferme. Bonne visite !

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Aliya, Frandy, Maelys, Charles et les autres sont ravis : à trois ans à peine, c’est la première fois qu’ils vont visiter une ferme ! Sous l’œil attentif de leurs éducatrices, ils marchent joyeusement vers l’entrée, où Pascaline et Luc les accueillent. « Vous allez découvrir les animaux de la ferme, annoncent les guides. Des vaches, des chevaux, des moutons… En connaissez-vous d’autres ? » Avec un peu d’aide, les tout-petits parviennent à ajouter quelques noms à la liste : des poules, des lapins, des cochons… « Et des lions ? », s’écrie soudain l’un des bouts de chou.

La ferme, cet univers inconnu

La visite commence par une rencontre avec la vache et les chèvres de la ferme. Pascaline attire l’attention des tout-petits sur les cornes des animaux, puis sur une chèvre qui se hisse sur ses pattes arrière pour manger des feuilles. « La vache préfère manger de l’herbe. Et c’est elle qui fait le lait de votre biberon », explique la guide, qui précise ensuite que la chèvre n’est pas le bébé de la vache… Eh oui, ici, les tout-petits ont tout à apprendre !

« C’est une grande découverte pour eux, confirme Aurélie Joseph, la directrice adjointe du multi-accueil Borderouge. Ce sont des enfants des villes et, pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils rencontrent d’aussi grosses bêtes en vrai ! C’est normal qu’ils soient un peu impressionnés et déstabilisés. » Certes, les animaux de la ferme sont très présents dans l’imaginaire des tout-petits (albums, comptines, peluches…), mais ils sont aussi très différents de ce qu’on leur a raconté : ils sont très grands, ne parlent pas, ne prennent pas leurs bébés dans les bras et ont des comportements qui peuvent leur paraître étonnants. Quelle surprise, par exemple, quand la vache se met à meugler ! Cela ne ressemble pas du tout au « meuh » qu’ils connaissent…

Entre crainte et émerveillement

Pascaline et Luc font maintenant entrer les enfants dans l’enclos des moutons. Certains sont à l’aise et n’hésitent pas à toucher la laine. Pour d’autres, c’est plus compliqué : Farès et Frandy se cachent derrière les jambes de leur accompagnatrice. À leur âge, cette peur est tout à fait normale : il s’agit d’un réflexe de protection face à l’inconnu. Dans le pré, les guides répètent : « Vous pouvez caresser le mouton, mais ne vous mettez pas devant lui. Il pourrait se mettre à courir et vous bousculer ! » Des mises en garde qui peuvent renforcer l’inquiétude de certains… mais qui ont aussi leur utilité : faire comprendre aux enfants que, pour approcher des animaux, il faut suivre des règles de sécurité. Cet apprentissage est essentiel, en cas de rencontre avec un chien, au parc, par exemple.

Dans l’enclos suivant, nouveau défi : les tout-petits donnent des miettes de pain aux poules. Ça fait un peu peur au début, mais ils finissent par éclater de rire au contact des petits becs ! Quelques-uns reculent au dernier moment. « Ce n’est pas grave, les rassure Pascaline. Vous pouvez recommencer si vous voulez. » Finalement, les enfants sont tous très fiers de s’être surpassés. Après un temps d’observation, ils ont, chacun à son rythme, réussi à approcher les moutons et les poules et à vaincre leur appréhension : une expérience ludique, qui les valorise et renforce leur confiance en eux !

Prendre soin des animaux

« Qui veut caresser un poussin ? », demande maintenant les guides. En file indienne, les enfants attendent leur tour. « Dans le sens des plumes, répète Luc en montrant comment s’y prendre. Tout doucement, sinon, ça pourrait lui faire mal. » La consigne n’est pas facile à appliquer pour les tout-petits… mais elle leur apprend à se mettre à la place de l’autre ! En adaptant ainsi leurs gestes, les enfants font un premier pas vers l’altruisme : ils comprennent que les animaux sont des êtres vivants, qu’ils ont des besoins et qu’il faut les respecter.

Lapins, dindons, paons, cochons, ânes… Les découvertes s’enchaînent toute la matinée ! Si la sortie ne s’inscrit pas dans un projet pédagogique de long terme, elle n’en reste pas moins un moment clé pour le multi-accueil. « À chaque fin d’année, nous tenons à organiser une visite permettant le contact avec les animaux, explique Aurélie Joseph. Les enfants sont curieux et interagissent toujours avec eux, ce qui nous donne l’occasion d’échanger sur leur étonnement et leur ressenti. Nous prolongeons ensuite l’expérience en crèche, avec des livres sur la ferme, des comptines et des photos de la visite, pour bien fixer leurs souvenirs et pour les inciter à en reparler. La visite aura toujours un écho dans leur vie, car elle leur offre des apprentissages et leur procure des émotions qu’ils retrouveront ensuite au quotidien. »

La visite de la ferme se termine : il est temps d’aller pique-niquer. Et quel est le programme pour cet après-midi ? Une sieste dans l’herbe et des jeux en plein air !

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Dossier réalisé par : Elise Rengot

Illustration : © Laurent Simon

Photos : © Vincent Gire

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Concours Pikou : 3 dessins originaux dédicacés à gagner https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/concours-pikou-3-dessins-originaux-dedicaces https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/concours-pikou-3-dessins-originaux-dedicaces#respond Thu, 08 Feb 2018 16:24:16 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1378 Elsa Fouquier illustre Pikou depuis plus de 5 ans maintenant ! Pour fêter ce drôle d’anniversaire, nous vous proposons de gagner des dessins originaux dédicacés de Pikou pour votre enfant !

1er prix : 1 dessin de Pikou en couleur réalisé et dédicacé par Elsa Fouquier, l’illustratrice de Pikou

Du 2e au 3e prix : 1 dessin de Pikou en noir et blanc réalisé et dédicacé par Elsa Fouquier, l’illustratrice de Pikou

Pour participer, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous :

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Montessori : c’est qui, c’est quoi ? https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/montessori-cest-cest-quoi https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/montessori-cest-cest-quoi#respond Thu, 18 Jan 2018 09:00:00 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1354 Depuis quelques d’années, on entend beaucoup parler de la pédagogie Montessori : articles de presse, crèches spécialisées, jeux estampillés… Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qui a créé cette méthode et qu’apporte-t-elle aux bébés ? La spécialiste Charlotte Poussin nous répond !

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Qui était Maria Montessori ?

Charlotte Poussin : Née à Rome en 1870, elle est l’une des premières femmes médecins d’Europe. Elle travaille d’abord dans une clinique pour enfants mentalement handicapés, où elle élabore un accompagnement plus pédagogique que médical… et se dit qu’il pourrait être utile à tous les enfants ! Elle crée alors une école pour les 3-6 ans dans un quartier défavorisé de Rome. Ses recherches l’amènent peu à peu à proposer un changement total de point de vue en matière d’éducation, de la naissance à l’entrée dans l’âge adulte.

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En quoi consiste sa pédagogie ?

C. P. : Elle repose sur l’idée que l’enfant peut apprendre par lui-même et qu’il en est naturellement capable dès lors qu’il est placé dans un environnement adapté, où il se sent aimé, compris et respecté. La pédagogie Montessori offre donc une grande liberté à l’enfant (dans un cadre organisé et sécurisé) afin qu’il fasse ses propres choix et ses propres expériences. C’était très novateur ! En effet, au début du xxe siècle, on considérait plutôt que l’adulte devait tout décider à la place de l’enfant, de ses activités, des étapes à suivre, etc. D’ailleurs, c’est encore un peu le cas aujourd’hui : on attend d’un enfant de tel âge qu’il fasse ceci ou cela, sinon on dit qu’il est « en retard » ou « en avance ». Avec Montessori, ces notions n’existent pas : le bébé fait ses apprentissages au moment le plus opportun pour lui ! C’est ce qui lui permet d’apprendre avec plaisir – donc efficacement – et de construire sa personnalité de façon épanouie.

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Peut-on vraiment laisser une telle liberté aux 0-3 ans ?

C. P. : Oui. Dans la pédagogie Montessori, l’adulte se met en position d’observateur pour percevoir les progrès de l’enfant et les accompagner. Il lui propose donc un environnement adapté à son âge. Au début, la liberté se traduit en particulier par de la motricité libre, avec un tapis d’éveil que le bébé peut explorer comme il veut. On évite d’utiliser trop souvent les transats et les trotteurs, qui entravent les déplacements et limitent les angles de vue. Un peu plus tard, on peut proposer au tout-petit de choisir entre deux jouets, deux activités, etc.

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Qu’est-ce que cela apporte aux tout-petits ?

C. P. : On constate que cela permet aux tout-petits de particulièrement bien assimiler de nombreux apprentissages… mais ce n’est pas l’objectif numéro un ! C’est simplement la conséquence d’un développement harmonieux de l’enfant, au cours duquel il a pu révéler tout son potentiel. Dans la pédagogie Montessori, l’adulte éduque dans la liberté et ne commente pas systématiquement les activités, cela encourage l’enfant à s’auto-évaluer et à s’affirmer. Le tout-petit possède naturellement cette capacité, mais il aura tendance à la perdre s’il est entouré d’adultes qui le jugent sans cesse. En effet, s’il est toujours évalué (même positivement), l’enfant peut finir par oublier ses motivations personnelles et agir en cherchant seulement le compliment de l’adulte, quitte à brider sa créativité. Bien sûr, il faut avoir des propos encourageants à l’égard du tout-petit, mais plutôt que de dire « je suis fier de toi », il vaut mieux dire « comme tu dois être fier de toi ! » et lui demander ce qu’il en pense. Cela lui donnera les outils pour forger sa confiance en lui.

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Qu’est-ce qu’une crèche Montessori ?

C. P. : Elle se différencie d’une crèche classique par :

  • l’attitude des adultes fondée sur l’observation (les activités sont le moins dirigées possible) ;
  • l’environnement épuré, bien ordonné, structuré en différents ateliers que l’enfant peut choisir librement ;
  • des objets et des jouets simples, en un seul exemplaire (pour favoriser le partage), adaptés à la taille des tout-petits, et isolant chacun un concept (pour en faciliter l’apprentissage). Ils peuvent aussi être cassables afin de responsabiliser l’enfant.

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Peut-on appliquer la pédagogie Montessori à la maison ?

C. P. : Oui ! Il s’agit d’organiser l’environnement pour que le tout-petit puisse y être autonome. Par exemple, le matin, il peut se servir du lait tout seul. Bien sûr, il ne faut pas lui donner la bouteille d’un litre de lait – il en renverserait et aurait besoin de l’aide de l’adulte – mais plutôt préparer à l’avance un petit pichet adapté. On aide l’enfant à réaliser seul les petites tâches quotidiennes : cela implique, par exemple, de mettre des marchepieds pour qu’il puisse allumer la lumière ou accéder au lavabo, d’installer un portemanteau à sa hauteur, de lui donner des pantalons sans bouton… L’idée est de lui montrer comment faire, puis de ne plus intervenir si ce n’est pas utile. Ce sera plus long que si les parents agissaient eux-mêmes, certes, mais il est important de prendre ce temps, quitte à en faire un peu moins ! Cela permettra à l’enfant d’être vraiment autonome le jour où cela lui sera nécessaire.

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Charlotte Poussin est éducatrice Montessori et administratrice de l’association Montessori de France. Elle a traduit Maria Montessori et écrit des livres de référence sur le sujet, dont Montessori de la naissance à 3 ans (éditions Eyrolles) d’où sont extraites les photos du dossier. Elle a aussi écrit des livres pour enfants (Ma journée Montessori, Bayard).

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Dossier réalisé par Elise Rengot

Illustrations : © Clothilde Delacroix

]]> https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/montessori-cest-cest-quoi/feed 0 Halte à la performance ! https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/halte-a-performance https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/halte-a-performance#respond Mon, 18 Dec 2017 10:00:15 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1331 Être le meilleur parent, avoir le meilleur enfant… Tels sont les objectifs ambitieux que se fixent de nombreux parents. Pleins de bonnes intentions, ils stimulent leur bébé dès son plus jeune âge et l’entraînent à développer ses compétences intellectuelles. Pour Isabelle Bruno (auteure de Enfants zen, parents zen), il est temps de remettre en question cette course à la performance, souvent contre-productive…

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Quelle place la performance occupe-t-elle aujourd’hui dans l’éducation des enfants ?

Isabelle Bruno : Une place importante ! Et on comprend très bien pourquoi : la notion de performance a une portée considérable dans la société actuelle. Cela conditionne l’attitude de chacun dans beaucoup de domaines, y compris dans l’éducation des enfants. Les parents veulent être les meilleurs parents possible et ne priver leur bébé d’aucun apprentissage. Bien qu’ils soient nombreux à souhaiter mettre leur tout-petit à l’abri d’une trop grande exigence de leur part, celle-ci transparaît souvent, malgré tout, dans leur façon de faire : ils choisissent par exemple pour leur bébé des jeux essentiellement éducatifs, ils le sollicitent pour divers apprentissages à tout moment de la vie quotidienne, etc. L’éveil prend alors la forme d’un entraînement de tous les instants !

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Quelles sont les conséquences pour l’enfant et ses parents ?

I. B. : Cette injonction à la performance peut causer une angoisse chez les parents : celle d’être pris en défaut si leur enfant ne correspond pas à un certain « modèle ». Ils vont alors être tentés de le stimuler en permanence dès ses premiers mois ! Celui-ci va ressentir l’inquiétude de ses parents et se sentir lui-même dans l’obligation de répondre à leur demande de performance, même si elle n’est pas formulée explicitement. Si, à chaque fois, le jeu est instrumentalisé (consciemment ou non) pour devenir une forme d’« examen » de ses aptitudes, il ne sera pas insensible au fait que ses parents attendent de lui qu’il « réussisse ». Ainsi, même dans l’échange le plus joyeux, s’immisce la notion de performance, qui ne devrait pourtant pas intervenir. Cela peut causer du stress et éloigner la famille du plaisir simple d’être ensemble et de s’amuser. Les vertus essentielles du jeu libre, sans enjeu particulier, sont un peu oubliées. Or, le droit de se tromper, de recommencer, d’avancer à son rythme ou de rêver sont très importants pour le bien-être et pour le développement psychique de l’enfant !

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Quel est l’impact du stress sur le développement et la santé de l’enfant ?

I. B. : Le stress de la performance peut apparaître très tôt chez l’enfant, notamment s’il a un emploi du temps chargé et si ses parents sont inquiets de savoir s’il sera « à la hauteur ». Or un stress trop important peut avoir des effets négatifs sur sa santé, en perturbant son sommeil, son appétit ou encore son système de défense immunitaire. Par ailleurs, le stress peut également entraîner un retard dans les acquisitions – effet tout à fait inverse de celui recherché ! – ainsi que des difficultés à gérer ses émotions, ses pulsions et ses relations avec les autres. N’oublions pas que l’esprit a besoin de sérénité, de repos et de temps libre pour acquérir ce dont il a besoin, au bon moment !

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Comment dire « halte à la performance » ?

I. B. : Nous sommes tous impactés par les phénomènes de société qui impliquent cette course à la performance… mais chacun de nous les vit différemment. La parentalité n’est pas dissociée de ce que nous sommes personnellement : de nature joyeuse, légère ou au contraire angoissée ou dirigiste. En tant que parent, c’est donc sur notre tempérament que nous devons, en premier lieu, nous interroger : comment être plus calme, réguler nos propres émotions, nous ouvrir à notre part personnelle de créativité ? Le yoga, par exemple, peut être une piste. Pratiqué en famille, il devient un temps commun de partage et de calme. Prenons simplement garde à ne pas avoir à l’esprit le développement de l’enfant, l’acquisition de son schéma corporel ou d’autres notions d’apprentissage ; privilégions le plaisir et l’attention, la parole et la simplicité du moment. Une autre piste peut être de laisser, par moments, son tout-petit libre de ne rien faire ! Lorsqu’il s’ennuie, l’enfant trace son chemin personnel. Il prend seul, en fonction de ses goûts et de ses envies, la décision de jouer ou non, de feuilleter un livre ou de rêver, tout simplement. Le rôle de l’imagination dans son développement est essentiel puisqu’il est un ressort pour mieux connaître ses intuitions, ce qui lui sera très utile, plus tard, pour faire face à des situations imprévues ou pour gérer ses émotions.

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Isabelle Bruno est journaliste et auteure de livres consacrés au bien-être, à la santé et à la puériculture. Dans Enfants zen, parents zen, elle aide les parents à mieux comprendre les émotions et les ressentis des 2-6 ans, et elle propose de nombreuses méthodes pour retrouver la sérénité à la maison. Elle a également co-écrit Yoga facile pour enfants (Hachette Famille).

 


 

Dossier réalisé par Elise Rengot

Illustration : © Laurent Simon

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Un Noël solidaire https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/un-noel-solidaire https://www.picoti-magazine.com/dossiers-parents/un-noel-solidaire#respond Sat, 18 Nov 2017 09:00:51 +0000 https://www.picoti-magazine.com/?p=1302 Décembre est arrivé et, avec lui, les joyeux préparatifs, l’ambiance festive, les bons moments en famille… Mais l’esprit de Noël, c’est aussi penser aux autres et faire preuve de générosité ! Picoti vous propose donc de découvrir six associations qui œuvrent pour que chaque enfant puisse profiter de belles fêtes de fins d’année…

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Tous en fête – La Croix-Rouge

L’opération se déroule du 1er décembre 2017 au 15 janvier 2018 et vise avant tout à retisser les liens sociaux et familiaux, si importants à cette époque de l’année ! En effet, avec « Tous en fête », la Croix-Rouge (avec le soutien de la fondation FDJ) propose 300 moments de convivialité pour les personnes en situation de précarité : sorties au cirque et au théâtre, spectacles de magie, visites du château de Versailles, goûters, repas de fête… Des expériences enrichissantes pour offrir aux petits et aux grands des fêtes de fin d’année inoubliables ! Dans ce cadre, l’association est à la recherche de dons et de « bénévoles d’un jour » : pourquoi pas vous ?

Plus d’infos : www.croix-rouge.fr

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Super Noël – Emmaüs Défi

Comme chaque année, Emmaüs Défi organise une grande collecte de jouets et de décorations de Noël au BHV Marais (à partir du 21 octobre) et aux Galeries Lafayette (à partir du 11 novembre). Les équipes bénévoles de l’association vont ensuite jouer aux petits lutins, pour préparer la vente solidaire du 9 décembre prochain, dans les magasins Emmaüs Défi (rue Riquet et rue d’Aubervilliers, à Paris). Les milliers de jouets et les articles de fêtes collectés seront mis en rayons, à des prix bas. De quoi rendre Noël plus accessible pour les familles en difficulté…

Plus d’infos : www.emmaus-defi.org

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Le sac à sapin – Handicap International

Pratique et écologique, c’est à la fois un incontournable de Noël et un produit solidaire ! Mis en vente par l’association Handicap International, le sac à sapin est préparé et conditionné en ESAT (établissement et service d’aide par le travail) dans le Rhône et contribue à accompagner une vingtaine de personnes handicapées dans leur projet professionnel. Les bénéfices générés sont utilisés par l’association pour soutenir ses programmes de développement (éducation, santé, soutien aux réfugiés, etc.) dans une soixantaine de pays.

Plus d’infos : www.handicap-international.fr

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Un Noël magique à l’hôpital – Good-4you

Cette opération redonne un peu de gaieté aux enfants hospitalisés ! Pour participer, il suffit de se rendre sur le site de Good-4you : vous pourrez y désigner l’hôpital de votre choix en France, en Belgique ou au Luxembourg et écrire gratuitement un petit mot gentil à l’intention des enfants soignés au service pédiatrique. À chaque message, c’est un euro de jouets supplémentaire qui leur est offert, le soir de Noël. Lancement de l’opération : le 1er décembre ! À vos clics, prêts ? Partez !

Plus d’infos : www.pour-un-noel-magique.net

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Les pères Noël verts – Secours Populaire

Ils ont la couleur de l’espérance et donnent un coup de main au célèbre père Noël rouge, qui n’arrive pas toujours à passer dans toutes les maisons ! Depuis 1976, les pères Noël verts du Secours Populaire multiplient les actions solidaires pour offrir des cadeaux aux enfants des familles en difficulté : jouets, livres, sorties, goûters de Noël, colis alimentaires festifs… Chacun est invité à les soutenir en contribuant aux collectes ou en participant aux opérations « paquets-cadeaux », organisées dans toute la France à partir du 4 décembre.

Plus d’infos : www.secourspopulaire.fr

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Des cadeaux solidaires – UNICEF

À l’occasion des fêtes, l’UNICEF lance une nouvelle collection de cartes et de cadeaux de Noël solidaires, disponibles en ligne. Livres d’activités, peluches, mugs, boules de Noël, bougies : il y en a pour tous les goûts ! Les bénéfices des ventes permettront de soutenir les nombreuses actions de terrain de l’association (campagne de vaccination, distribution d’aliments thérapeutiques et de moustiquaires, soutien psychologique, etc.).

Plus d’infos : www.unicef.fr

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 Pas de générosité chez les bébés ?

Harry Ifergan

Eh non ! N’essayez pas de faire participer bébé à votre élan de solidarité : la notion de générosité ne veut encore rien dire pour lui. Période de fêtes ou pas, votre tout-petit ne donne rien aux autres… et c’est absolument normal à son âge !

« Entre 2 et 4 ans, explique en effet le psychologue Harry Ifergan, spécialiste du développement de l’enfant, un tout-petit est en train d’organiser sa pensée. Il commence à donner du sens à ce qui l’entoure – des notions simples comme Papa, Maman, mon frère, mes grands-parents, ma chambre, ma crèche, mon doudou – à établir des liens entre ces éléments essentiels, à comprendre des symboles qui lui serviront à affiner sa pensée… Bref, il est en pleine phase d’accumulation, d’intériorisation mais pas de restitution. Autrement dit, un bébé prend mais ne donne pas ! Certes, avant 4 ans, il est capable de donner (un bisou, un biscuit par exemple), mais seulement à ceux qu’il connaît bien (ses parents, ses grands-parents, sa nounou, ses frères et sœurs) et toujours parce qu’il sait qu’il va recevoir quelque chose en échange ! »

Par conséquent, Harry Ifergan déconseille d’impliquer directement votre tout-petit lors des collectes de jouets : d’une part, cela risquerait de briser la magie du père Noël qui apporte des cadeaux à tous les enfants et, d’autre part, votre tout-petit pourrait accepter de donner quelque chose qui lui appartient pour vous faire plaisir, sans comprendre les implications, et le regretter ensuite…


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Dossier réalisé par Elise Rengot.

Illustration : © Clothilde Delacroix

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