Dossier grands-parents Picoti Magazine Laurent Simon

Quand les grands-parents se questionnent…

Les grands-parents vivent une étrange période depuis un an… Entre l’envie de voir leurs petits-enfants et la peur de tomber malades, eux qui sont dans la tranche d’âge des personnes fragiles. Si certains ont « pris le risque », d’autres ont mis de la distance. Comment composer avec cela ? C’est une des questions que se posent actuellement les grands-parents, parmi d’autres questionnements plus larges sur leur rôle et leur place dans la famille. Pour y répondre, nous avons interviewé Monique Desmedt, psychologue à l’École des grands-parents européens.

Questions de grands-parents Picoti magazine« L’amour pour mes petits-enfants me paraît inconditionnel. Pourtant, j’arrive très bien à vivre sans eux au quotidien. Comment cela s’explique-t-il ? »  Brigitte, 60 ans

Monique Desmedt : Votre amour sera une source de sécurité affective pour vos petits-enfants, et contribuera sans aucun doute à la construction de leur personnalité. Cet amour sera bien sûr permanent, quels que soient les événements de la vie. En ce sens, oui, il est inconditionnel. Mais il est nécessaire d’avoir des activités et une vie sociale en dehors de son rôle de grand-parent. Aujourd’hui, et heureusement, les seniors vivent de plus en plus « pour eux-mêmes ». Ils ont de nombreux centres d’intérêt, s’engagent dans des associations, etc. Car le rôle principal auprès de l’enfant, c’est celui des parents. Les grands-parents sont là en soutien. Ce qui ne veut pas dire qu’ils doivent toujours être disponibles !

Notre société donne une image sublimée de grands-parents dynamiques, toujours opérationnels. Et les parents n’ont pas toujours conscience que les grands-parents vieillissent, qu’ils sont fatigués, qu’ils n’ont plus la même créativité… Les grands-parents doivent savoir dire non… ce qui leur est parfois très difficile ! Ils sont aussi nombreux à avoir « tout donné » à leur famille. Or, il faut savoir rester à sa place de grand-parent, simplement. Un amour inconditionnel, oui, mais pas exclusif. Car quand les enfants et petits-enfants s’éloignent, ou ne répondent pas à cette envie, cela engendre beaucoup de souffrance. C’est ce que l’on appelle le syndrome du nid vide.

 

« Quand je me sens décalé face à mes enfants et petits-enfants, j’évite de donner mon avis tranché, mais plutôt mon ressenti… » Angel, 68 ans

M.D. : Votre avis est parfois différent de celui de vos enfants et de vos petits-enfants et c’est tant mieux ! Ces divergences d’opinion font partie de la dynamique de la famille. Cependant, il vous semble important de ne pas exprimer un avis tranché. Pour ne pas mettre en difficulté ces générations qui vous suivent, peut-être, pour ne pas les dévaloriser, ou tout simplement pour éviter des tensions ? Celles-ci peuvent effectivement vite s’enkyster et mener à des ruptures de communication. De nombreux grands-parents, d’ailleurs, disent qu’il faut « savoir se taire ». Donner un avis nuancé, émettre des hypothèses, partir de son ressenti sans asséner des certitudes sera en effet toujours mieux perçu. Il ne s’agit pas de renoncer à ses propres idées, mais d’écouter l’autre. Être grand-parent, c’est une école de la délicatesse et une ouverture à l’altérité !

 

Questions de grands-parents Picoti magazine« Faut-il respecter les règles éducatives des parents ou permettre des parenthèses de liberté chez nous ? » Serge, 63 ans

M. D. : On ne peut pas s’affranchir des règles établies par les parents quand cela concerne la sécurité, l’alimentation, l’hygiène, etc. Toutes ces recommandations traduisent parfois la difficulté pour les parents de se séparer de leur enfant. Et ce, même s’ils vous font confiance ! Certains vont donner toute une liste de règles à suivre. Et les grands-parents ont parfois l’impression d’être placés sous contrôle… Alors, ils respectent ces listes… tout en se permettant un espace de liberté. Pour les tout-petits, ces différences sont aussi formatrices : ce n’est pas pareil chez Papi et Mamie. C’est un premier pas vers l’altérité et la tolérance : on peut vivre différemment. Mais la situation inverse est aussi possible : des grands-parents plus rigides que les parents ! Peut-être parce qu’ils sont inquiets de garder cet enfant qui n’est pas le leur ? C’est, en effet, une lourde responsabilité.

 


GRANDS-PARENTS : QUE DIT LA LOI ?

Les grands-parents n’ont pas de statut juridique particulier dans le code civil. Le terme de « grand-parent » n’est même pas utilisé dans l’article 371-4, qui définit l’intérêt de l’enfant auprès de ses ascendants. Quand les liens sont rompus et que les grands-parents souhaitent voir leurs petits-enfants, ils peuvent faire appel à un juge des affaires familiales, qui décidera des modalités de rencontres. Longues et coûteuses, ces procédures restent douloureuses pour les familles.


 

« Pourquoi veut-on être le grand-parent parfait ? Celui chez qui l’enfant a toujours envie de venir… » Pascale, 58 ans

M. D. : Il ne faut pas tomber dans la compétition, car cela engendre des tensions. Un enfant appartient à ses deux filiations, à deux lignées. Cela ne sert à rien de le combler de cadeaux, par exemple. Être un grand-parent parfait, c’est un idéal qui ne sera jamais atteint, et heureusement ! Chacun va construire son rôle de grand-parent avec ce qu’il est, avec ses valeurs, son environnement. Il faut aussi se faire confiance, avec ses imperfections. Les grands-parents n’osent souvent pas dire leur fatigue, par exemple, alors qu’ils sont dans l’épuisement d’avoir gardé leurs petits-enfants. En exprimant cette faiblesse, ils craignent de voir moins souvent leurs enfants et petits-enfants. Or, il faut accepter de ne pas être parfait. Et combattre les clichés de grands-parents disponibles, en forme, cultivés, aisés… Les difficultés financières peuvent en effet être source de culpabilité.

 

Questions de grands-parents Picoti magazine

« Avec le Covid-19, nous ne sommes pas sereins quand nous voyons nos petites-filles. Pour nous, mais aussi par peur de transmettre nos angoisses… » Michèle, 70 ans

M. D. : Cette inquiétude me semble légitime, car les tout-petits sont des éponges émotionnelles, même quand les angoisses ne sont pas exprimées. En dehors des périodes de confinement strict, comme l’an dernier, ou d’état de santé fragile, il faut essayer de continuer à voir ses petits-enfants. Les grands-parents ont beaucoup à apporter aux petits, en termes de complicité, d’apprentissages, d’histoire familiale ! Mais si votre angoisse est trop forte, si elle stoppe tout élan vers vos petits-enfants, il faut en parler et vous faire aider.

Je pense à ceux qui sont devenus grands-parents durant ce confinement, et qui ont dû attendre plusieurs mois avant de rencontrer ces nouveau-nés. Cela a été douloureux, et frustrant pour créer les premiers liens ! Le confinement et ses incertitudes ont eu des conséquences lourdes pour les familles, mais sa cause étant une pandémie mondiale, quelque chose d’extérieur au cercle familial, il a été respecté par les seniors. Ces premiers liens ont quand même pu se nouer, grâce aux photos, aux vidéos. Faute de vie sociale, tout le monde s’est aussi recentré sur la famille…

Propos recueillis par Isabelle Pouyllau

 

Monique Desmedt est psychologue et médiatrice à l’École des grands-parents européens (EGPE), l’une des plus grandes associations de grands-parents en France, qui travaille à créer du lien entre les générations. Merci à tous les grands-parents pour nous avoir confié leurs interrogations et à toute l’équipe de l’EGPE.



Illustration : Laurent Simon. Photos : Adobe Stock.

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