La rue aux enfants

Marcher en ville avec de jeunes enfants peut parfois se révéler épuisant.: slalomer avec la poussette entre les potelets et les voitures mal garées, retenir son souffle quand le grand évite in extremis le cadeau laissé sur le trottoir par un chien un peu perfide, user de son don de télépathie afin que la petite dernière sur sa trottinette s’arrête bien AVANT le passage protégé… Heureusement, il y a désormais les rues aux enfants ! Picoti a interviewé Anne-Marie Rodenas, présidente de Cafézoïde, l’une des associations portant cette belle initiative.

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Qu’est-ce qu’une rue aux enfants ?

Anne-Marie Rodenas : C’est une rue que l’on ferme temporairement à la circulation motorisée. Les riverains peuvent en profiter pour se promener et se rencontrer, dans une ambiance conviviale. Les enfants, quant à eux, peuvent y faire leur « métier d’enfant », c’est-à-dire jouer en toute liberté et en toute sécurité. Souvent, une rue aux enfants est aussi l’occasion, pour des parents, des associations ou des collectivités, d’organiser diverses animations : par exemple des spectacles de marionnettes en plein air, des parcours de trottinettes, des ateliers de jardinage, de peinture, de mosaïque ou de dessin à la craie sur le sol…

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Qu’est-ce que cela peut apporter aux plus jeunes ?

A.-M. R. : Outre l’occasion de jouer et de s’amuser, les rues aux enfants leur donnent la possibilité de découvrir ce qu’est la rue : un environnement extérieur qu’ils ne peuvent pas vraiment explorer le reste du temps. En effet, de nos jours, les enfants citadins restent souvent à l’intérieur ou dans des espaces clos prévus pour eux. Une rue aux enfants leur propose un nouvel espace de liberté et de découvertes, où ils ont la possibilité de se confronter au réel et de développer leur autonomie, ce qui est essentiel pour leur bon développement. Elle leur offre également une touche d’imprévu : pour une fois, les enfants ne savent pas d’avance ce qu’il va se passer ni qui ils vont croiser. Ils peuvent rencontrer d’autres adultes et d’autres enfants qu’ils n’ont jamais vus à la crèche ou à l’école. Certains n’ont pas leur âge mais ils vont pourtant adorer jouer et échanger avec eux. Ces nouvelles rencontres, parfois intergénérationnelles, sont des outils précieux pour bien grandir !

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Pourquoi une rue plutôt qu’un parc ?

A.-M. R. : Dans un parc, il y a des barrières, des structures de jeux destinées à telle ou telle tranche d’âge… Tout est codé, même les sols qui sont aménagés pour amortir les chutes ! Aujourd’hui, l’enfant manque de terrains d’aventure. La rue peut en être un pour lui, avec ses dangers (qu’il va apprendre à gérer) et ses inconnues. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire prendre des risques aux petits : lors des rues aux enfants, les adultes – pas seulement les parents – se montrent tous attentifs et prêts à intervenir en cas de besoin. Autre aspect intéressant de la rue : elle permet non seulement le jeu et la rencontre, mais aussi l’exercice de nombreux petits métiers sur le point de disparaître et pourtant utiles, comme celui de bouquiniste, de vendeur de glace ou de réparateur ambulant… Dans l’une de nos rues aux enfants par exemple, une dame est venue avec sa machine à coudre pour raccommoder les vêtements que les gens lui apportaient.

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Pourquoi les enfants jouent-ils de moins en moins dans la rue ?

A.-M. R. : Je remarque que les habitants des villes ont globalement du mal à sortir. Ils sont habitués à avoir un toit sur la tête et un radiateur à côté d’eux, et ils appréhendent parfois un peu les activités en extérieur. Mais finalement, une fois dehors, on voit bien qu’enfants et parents sont très heureux ! Si les enfants jouent moins souvent qu’avant seuls dans la rue, c’est aussi bien sûr à cause des voitures. La circulation automobile est en constant développement et rend la rue plus dangereuse. Les parents d’aujourd’hui préfèrent que leurs enfants restent à la maison et qu’ils ne rentrent pas seuls de l’école. Leur inquiétude est encore renforcée par les nombreux faits divers qu’ils entendent aux infos et qui les paniquent totalement…

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En quoi les rues aux enfants peuvent-elles diminuer ces risques ?

A.-M. R. : D’une part, elles permettent aux enfants de renforcer leur autonomie et de prendre conscience des dangers de la circulation. Les parents peuvent profiter de ces journées pour leur apprendre à marcher sur le trottoir, à traverser au bon moment, à comprendre la signalisation, à faire du vélo sans prendre de risques, etc. D’autre part, les rues aux enfants permettent aussi aux voisins de mieux se connaître et de se faire davantage confiance. Cela peut ôter certaines craintes aux parents, créer du lien social et permettre une prise en charge des enfants un peu plus collective… comme dans un village !

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Anne-Marie Rodenas est la présidente du Cafézoïde, premier « café des enfants » créé à Paris en 2002. Il est ouvert toute l’année, du mercredi au dimanche et propose trois ateliers artistiques par jour, pour les enfants de 0 à 16 ans et leurs familles. L’association Cafézoïde fait partie du collectif « rues aux enfants, rues pour tous », et organise une rue aux enfants sur le quai de la Loire, à Paris, tous les dimanches après-midi.

 


Le Cafézoïde est l’une des premières associations à organiser des rues aux enfants en France, à partir de 2005. Au début, il s’agit plutôt d’une ludothèque de rue, mise en place avec une conviction : il faut attribuer aux enfants la place qui leur est due dans leur ville, en respect des principes de la Convention internationale des droits de l’enfant. Dix ans plus tard, les Parisiens votent pour inscrire les rues aux enfants au budget participatif de la mairie de Paris. D’autres associations se joignent ensuite au Cafézoïde (l’AACEJ, la Rue de l’Avenir et Vivacités) afin de créer le collectif « Rues aux enfants, rues pour tous ». Ils organisent alors les premières rues sans aucune voiture et multiplient les initiatives, à Paris et en région. Chaque année, ce collectif lance un appel à projets en vue d’accompagner les villes ou les associations qui souhaiteraient devenir organisatrices.

Plus d’infos sur :


Dossier réalisé par Elise Rengot

Illustration : © Clothilde Delacroix

Publié le

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