Vacances en famille, mode d’emploi !

En quoi les vacances en famille sont-elles importantes pour l’enfant ?

Éric Donfu : Les vacances ont une influence fondamentale sur les liens familiaux. Elles sont l’occasion de les confirmer dans un contexte de détente, de partage et de divertissement. Pour les enfants, ces temps sont essentiels : ils les ancrent dans la communauté familiale, réaffirment leur identité et leur appartenance à ce groupe. Ils leur permettent aussi de goûter aux liens intergénérationnels, avec leurs grands-parents. Souvent, les vacances se combinent et se dosent, surtout en été : ainsi, l’enfant va séjourner un peu chez ses grands-parents maternels, puis un peu chez ses grands-parents paternels, avant de partir avec ses parents. Mais rassembler la famille élargie permet des instants de grande complicité. Une résidence secondaire offre la possibilité de réunir un maximum de personnes et leur donne l’occasion d’entretenir ou de renouveler leurs liens. La maison de famille (celle des grands-parents, par exemple) permet notamment de se ressourcer, de retrouver ses racines, de s’ancrer dans une ambiance familiale. C’est une chance que toutes les familles n’ont pas, mais une location peut jouer temporairement ce rôle.

Quelles règles mettre en place pour que le séjour se passe au mieux ?

É. D. : Il est nécessaire que, pendant ce temps de détente, il reste une autorité régulatrice. Mais qui l’exercera ? Il faut s’accorder sur le sujet dès le début des vacances, définir comment se partager le planning d’animation et celui des tâches ménagères. Les règles du séjour doivent être comprises et acceptées par tous afin d’alléger la charge d’organisation, car elle est parfois très lourde pour les accueillants, qui doivent veiller à ce que tout se passe au mieux. Toutefois, il faut savoir que les tensions sont inévitables, car il n’est pas facile de cohabiter avec ses parents et ses propres enfants… Comme dans tout, une dose de bon sens est nécessaire pour y faire face.

Comment gérer les divergences en termes d’éducation ?

É. D. : Je pense que les parents doivent rester maîtres de l’éducation qu’ils ont choisi de donner à leurs enfants. Il est éventuellement possible de gronder un enfant qui n’est pas le nôtre, tout dépend de la manière et du ton. Si la remarque est juste et non humiliante, alors elle peut faire valoir un sentiment d’égalité chez les enfants présents. Mais bien entendu, il reste préférable que les parents eux-mêmes se chargent de sermonner leur enfant. Quoi qu’il en soit, les vacances sont un temps de confrontation des diverses méthodes d’éducation, ce qui entraîne des tensions non seulement entre les enfants mais aussi entre les adultes : parents et grands-parents n’ont presque jamais la même conception de l’éducation. Il faut en être conscient et savoir réprimer ou nuancer ses critiques pour ne pas gâcher les vacances, ni se fâcher avec sa famille. Il est important de garder son calme et de reconnaître que la famille élargie a des pouvoirs médiateurs qui sont positifs pour la relation parents-enfants. À chacun de faire preuve de tolérance pour arriver à un modus vivendi acceptable par tous.

Comment améliorer la cohésion de la famille ?

É. D. : En valorisant le rôle de chacun et les lieux, lorsqu’ils sont porteurs d’une histoire (les maisons de famille, notamment). Et puis il est sympathique d’organiser divers jeux à pratiquer ensemble : des sports d’équipe par exemple, des défis (trouver des objets dissimulés)… Bref, ce sont d’abord la présence de chacun et l’organisation de challenges communs qui permettent de renforcer cette cohésion… Et puis, il est aussi important que chacun reconnaisse ses attentes et en fasse part à l’ensemble de la famille. Par exemple, le besoin de se reposer. Les vacances doivent régénérer les batteries de chacun. Concrètement, ce peut être l’occasion pour un couple de laisser la main aux grands-parents ou de s’offrir un week-end en tête à tête. Une fois de plus, c’est bien en discutant, en libérant la parole, que l’on préserve l’harmonie de la famille.

Éric Donfu est le président de DRS, Dialogues et relations sociales, un atelier d’étude des transformations de la société contemporaine. Il est reconnu pour son travail sur les liens familiaux. Il s’est particulièrement intéressé au rôle des grands-mères. Son dernier livre, I love ma grand-mère, a été publié aux éditions Prisma.

Propos recueillis par Aurélie Vigne
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