Smartphones et tablettes, l’académie enquête

Pourquoi l’académie s’intéresse-t-elle au thème de l’enfant et l’écran ? 

Serge Tisseron : L’académie s’est rendu compte de l’inquiétude de beaucoup de parents désemparés face à la rapide évolution des écrans. Ce flou favorisant des campagnes publicitaires pas toujours très honnêtes et, parallèlement, des inquiétudes parfois infondées, il était naturel que l’académie consacre un avis à la question.

Comment expliquer l’engouement des petits ?

S. T. : Il y a deux bonnes raisons. La première est que les enfants sont de grands imitateurs. Ils voient les adultes utiliser des Smartphone ou des tablettes tactiles et veulent faire de même. Si les parents entraient tous les matins dans la chambre de leur enfant en jonglant avec trois balles, il est probable que tous les enfants auraient envie de devenir jongleurs ! La seconde raison est que les tablettes tactiles mobilisent des formes d’intelligence sensori-motrices très importantes : toucher du doigt, bouger les formes, faire naître des musiques…

Existe-t-il des applis bénéfiques pour le bébé ?

S. T. : Bien sûr. Pour un tout-petit, la tablette tactile est une sorte de super tableau d’éveil. Vous savez, les tableaux d’éveil qu’on accroche au berceau des bébés avec des boutons qu’on pousse, des boules qu’on tourne… La tablette est encore plus riche en surprises. Mais en même temps, ce que je vous dis du tableau d’éveil montre bien les limites de la tablette tactile. Aucun parent n’aurait jamais pensé que le tableau d’éveil suffirait dans la chambre du bébé. Ce n’est pas parce qu’on a inventé le tableau d’éveil dans les années 1970 qu’on a enlevé les cubes, les voitures, les poupées ou les balles. Il en est de même pour ces écrans : ils ne se suffisent pas à eux-mêmes, loin de là !

Tablettes pour adultes, tablettes pour enfants. Quelle différence ?

 
S. T. : Ce sont les mêmes. C’est un truc de publicistes. Ils disent : « Madame, Monsieur, votre enfant est toujours après vous quand vous vous servez de votre tablette. Offrez-lui une tablette qui soit rien que pour lui et il vous laissera en paix ! ». Mais ces tablettes tactiles ont pour seule particularité d’être moins performantes au niveau technologique, et surtout d’être bourrées de jeux dont l’utilité n’a pas été plus démontrée que celle des applications sur les tablettes classiques. J’y ai vu par exemple des jeux de puzzle avec des pièces aimantées : il suffit de poser son doigt et de tournicoter partout sur l’écran pour que la pièce se place au bon endroit et se fixe. Dans ce cas, c’est apprentissage zéro. Mieux vaut donner à l’enfant un vrai puzzle. Et il y a bien d’autres petits jeux qui n’ont aucun intérêt éducatif et sont des supercheries commerciales. Bien se renseigner est une nécessité.

Quels conseils de bon usage pouvez-vous donner ? 

S. T. : Ces nouveaux écrans recèlent d’extraordinaires possibilités de stimulation pour l’enfant, mais à quatre conditions.
1) Son usage doit être accompagné par l’adulte de manière à ce que l’enfant soit introduit à l’écran comme un support d’échange plutôt que comme un espace d’activité solitaire.
2) Son usage doit se limiter à des périodes courtes (un quart d’heure pour un bébé de moins de 3 ans) et ne pas empiéter sur les autres activités essentielles du bébé. Ce dont le tout-petit a le plus besoin n’est pas de frotter son doigt sur un écran, mais de développer les repères corporels et les repères temporels, qui ne sont pas du tout stimulés par la tablette. Les repères corporels s’installent dans les jeux qui font intervenir les trois dimensions de l’espace, les cinq sens et le mouvement du corps dans l’espace. Cela veut dire bouger, prendre un jouet, le porter à la bouche, le flairer, le secouer, le jeter, courir derrière. La tablette ne permet pas cela. Quant aux repères temporels, ils s’acquièrent en racontant une histoire, ou en regardant un livre d’images dont le bébé tourne les pages en essayant de comprendre qu’il y a un avant, un pendant, un après.
3) Les parents ne doivent pas avoir l’ambition d’apprendre quelque chose à leur bébé. Ce qui est important, c’est que leur bébé puisse jouer. Le tout-petit n’apprend qu’en jouant. La tablette tactile pour le bébé est essentiellement ludique.
4) Les parents doivent être attentifs aux applications qu’ils utilisent. Aujourd’hui, il n’y a malheureusement pas d’instance indépendante pour conseiller les parents, mais il y a des sélections critiques de journalistes.

Propos recueillis par Camille Laurans.

Besoin de conseils pour choisir la bonne appli ? La rédaction de Picoti a choisi pour vous : 

Pompon l’ourson, Le chantier, Gallimard jeunesse

Suivez Pompon l’ourson sur le chantier et aidez-le à mettre son casque, à creuser un trou avec la pelleteuse, à faire un tas de sable… Un jeu interactif à faire en quelques minutes pour explorer un univers à la manière d’un imagier. La qualité des illustrations et les animations simples en font une appli pleine de charme pour les bébés !

Existe aussi à la ferme. 3,59 €, compatible avec l’iPhone, l’iPod Touch et l’iPad.

Explore le royaume des animaux, Mathieu Brassard

Rien de plus simple que cet imagier ! Du chat au terrible crocodile en passant par le singe, l’âne ou le castor, chaque animal se présente sous la forme statique d’une photo. Touchez-le et vous entendrez son cri, touchez la légende et une voix vous révélera son nom. Existe aussi pour les engins à moteur, les instruments de musique et la nourriture.

1,79 , compatible avec l’iPhone, l’iPod Touch et l’iPad.

Norédine Benazdia
Publié le