Garçons, filles : tous égaux devant les jouets ?

Filles et garçons jouent-ils aux mêmes jeux ?

Josette Hospital : Jusqu’à 2 ou 3 ans, les enfants jouent pratiquement avec les mêmes jeux. En effet, les jeux d’éveil sensoriel et moteur sont identiques, et les premiers jeux d’imitation, comme la marchande, la ménagère, les poupées et poupons, s’adressent aussi bien aux filles qu’aux garçons ! D’ailleurs, bien souvent, filles et garçons jouent ensemble : ils jouent « au papa et à la maman » et reproduisent les scènes de la vie quotidienne. Tous aussi sont intrigués par les trains : même si les garçons sont plus nombreux autour des circuits, les filles n’en sont pas exclues. Toutefois, nous n’allons pas refaire l’histoire de notre société occidentale : aujourd’hui encore, les filles jouent à la poupée et les garçons aux voitures !

 

Jouent-ils de la même manière avec les mêmes jouets ?

  1. H. : Pas toujours. Dans les mains d’un garçon, un balai va très rapidement devenir une arme, tandis qu’une petite fille aura tendance, sauf exception, à balayer consciencieusement. Seuls les jeux de construction pourraient afficher une certaine neutralité. Je dis bien « pourraient » car, pour des raisons commerciales, les fabricants choisissent de différencier les jeux des filles de ceux des garçons. Prenons l’exemple d’une célèbre petite brique, qui propose désormais aux fillettes la gamme « Friends » : l’univers rose, les accessoires de beauté, assurent un vif succès. Mais c’est affligeant de voir que cette petite brique, qui a traversé les âges et dont l’intérêt ne s’est jamais démenti, a succombé, elle aussi, à la tendance des jeux sexués !

 

Proposez-vous aux enfants de jouer aux « jeux de l’autre sexe » ?

  1. H. : Non, nous laissons les enfants choisir leurs jeux. En ludothèque, nous prônons le jeu libre, qui permet à l’enfant de mener toutes sortes d’expériences. Nous essayons, malgré cela, de proposer des espaces de jeu avec des mises en scène neutres de type « cirque » ou « vétérinaire », avec aussi un mélange des styles qui ne peut qu’enrichir leur jeu. Ce n’est pas toujours évident. Lorsque j’ai créé mon premier fonds de jeu à l’ouverture de la ludothèque, j’ai spontanément choisi des robots, des jeux sportifs, des jeux de construction, des jeux « électroniques »… des maisons de poupées de la gamme des « Petits Malins » ou « Petit Poney », quelques poupées Barbie et des jeux de société, bien entendu. Un jour, une petite fille est venue me voir et m’a dit : « Ici, c’est une ludothèque de garçons ! ». Depuis ce jour, j’essaie de ne plus avoir d’a priori et de proposer un choix de jeux et jouets variés, originaux, de bonne facture, ou tout simplement dont l’intérêt ludique est indéniable.

Comment les parents choisissent-ils les jeux ?

  1. H. : Le conditionnement et le thème des jeux ont une grande influence sur les parents dans les magasins. En ludothèque, nous changeons ou modifions les emballages et privilégions le
    contenu au contenant. Comme nous ne classons pas les jeux par âge, les parents viennent très souvent consulter les ludothécaires pour leur demander conseil et, de ce fait, il est plus facile de privilégier l’intérêt du jeu. Mais, si nous n’intervenons pas, ils vont spontanément vers ce qu’ils connaissent ou dont ils ont entendu parler. D’où l’importance du rôle du ludothécaire !

Comment réagissent les parents si leur enfant s’amuse avec un jouet de « l’autre sexe » ?

  1. H. : Les filles peuvent jouer à tout. Les parents ne sont pas choqués de les voir s’amuser avec des jeux de garçons. Ils en éprouvent même une certaine fierté. Les garçons peuvent aussi jouer à la poupée sans souci, mais lorsqu’ils souhaitent la ramener à la maison, ça pose problème: soit le parent ignore le choix de l’enfant, soit il lui propose autre chose… C’est à nous, ludothécaires, de rassurer les parents: toute forme de jeu participe au développement de l’enfant. Habiller et déshabiller une poupée demandent une certaine dextérité, lui raconter des histoires favorise l’ima-gination et le développement du langage. Pousser un camion et imaginer une mise en scène débouchent sur les mêmes apprentissages.

Les mentalités changent-elles vis-à-vis des jouets sexués ?

  1. H. : Les jouets sexistes ne sont, me semble-t-il, pas plus montrés du doigt qu’avant. L’année dernière, une grande enseigne de supermarché a choisi de représenter dans son catalogue de jouets une petite fille qui jouait aux voitures et un petit garçon à la poupée. Soyons réalistes : il ne s’agissait que d’un coup de pub. De telles annonces ne vont pas révolutionner nos codes sociaux:
    quelle que soit la classe sociale des parents, rares sont ceux qui assument de passer à la caisse avec une poupée dans une main et un petit garçon dans l’autre. Les clichés ont la vie dure, et les publicitaires le savent bien puisqu’ils continuent à les exploiter !

 

Propos recueillis par Aurélie Vigne

La ludothèque, un lieu pour expérimenter

Ici, les enfants sont libres de choisir leurs jeux. Ceux-ci ne sont pas rangés par sexe, mais selon la classification ESAR : E pour exercice (jeux d’éveil), S pour symbolique (jeux d’imitation), A pour assemblage (jeux de construction) et R pour règle (jeux de société). Chaque type de jeux correspond à une étape du développement de l’enfant. Les ludothécaires sont là pour orienter le choix des parents vers les jouets les plus adaptés aux besoins de leur enfant. En ludothèque, on trouve aussi des espaces de jeu relativement neutres où les enfants peuvent construire leurs univers à partir d’éléments de leur choix. Bref, les ludothécaires proposent des jouets… pour jouer, tout simplement !

 

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