Enfant connecté, enfant exposé ?

Qu’est-ce que l’identité numérique ?

Olivier Ertzscheid : C’est la somme de ce que nous mettons consciemment en ligne nous concernant, de ce que d’autres personnes disent de nous sur la toile (en taguant des photos, par exemple) et de toutes les données collectées à notre insu, notamment par les moteurs de recherche. Les enfants de moins de 3 ans ne sont évidemment pas à l’origine de leur identité numérique. Ce sont leurs parents qui la construisent. Certaines familles créent une adresse e-mail pour leur enfant, parfois alors que celui-ci n’est même pas encore né… D’autres lui ouvrent une page Facebook pour y regrouper les photos et vidéos le concernant. Et puis il y a les magasins en ligne qui demandent le nom et la date de naissance des enfants pour fêter les anniversaires, par exemple. Pour les plus grands, disons en fin de maternelle, certaines écoles encouragent l’utilisation d’une adresse e-mail pour les familiariser avec les nouveaux codes. Ces pratiques sont bien sûr encadrées et les enfants utilisent alors l’adresse e-mail de leurs parents ou s’en font créer une qui leur est propre.

Ces informations sont disparates. Comment s’additionnent-elles ?

  1. E. : Même si vous mettez une photo de votre enfant en ligne sans donner son nom, les algorithmes sont aujourd’hui capables de retrouver son identité. Ils procèdent par recoupement. La photo a été postée sur le profil de madame X, la maman. Le statut de Madame X annonce qu’elle est en couple avec Monsieur Y. Alors, on conclut que cette photo est celle du fils de Madame X et monsieur Y et qu’il s’appelle… C’est le travail des ingénieurs de Facebook, des autres réseaux ou des moteurs de recherche que de rendre ces recoupements possibles. Ils opèrent à partir des informations que l’on met en ligne et de toutes nos données de navigation. C’est ainsi que Google, par exemple, n’est pas qu’un simple moteur de recherche. Il est à la tête de tout un écosystème de sites que l’on peut croire « indépendants ». C’est le cas de YouTube ou de la plate-forme Blogger. Les informations y sont collectées de manière centralisée.

 

Dans quel but ?

  1. E. : Il est double. D’abord, il s’agit d’alimenter le modèle économique de ces sites. Ils ne sont gratuits que parce qu’ils peuvent vendre aux annonceurs des catégories de profils qui maximiseront leurs chances d’écouler leurs produits. Ensuite, parce que ces informations permettent aux sites d’afficher la publicité la plus personnalisée possible: des produits de puériculture pour un parent qui parle des gazouillis de son nouveau-né, par exemple.

Quel risque y a-t-il à ce que son enfant ait une identité numérique ?

  1. E. : Pour les tout-petits, il n’y a pas vraiment de risque dès lors que l’on est dans une pratique normale et raisonnée. Poster quelques photos ou vidéos de ses premiers pas ou de ses premiers repas sur Facebook ou YouTube ne devrait pas lui porter préjudice. La seule dérive serait que quelqu’un récupère ces photos pour une autre utilisation. Pour les plus grands, ceux qui sont en âge de surfer sur Internet et de communiquer par eux-mêmes, les risques sont plus importants. C’est pourquoi éduquer son enfant très tôt à la différence entre vie publique et vie privée est primordial. Il n’y a pas de vie privée sur Internet.

Que deviennent ces informations ?

  1. E. : Elles restent stockées très longtemps sur les serveurs des sociétés qui hébergent les services (Facebook, Google, etc.). Une des bonnes nouvelles est que nous avons aujourd’hui la possibilité de récupérer les données collectées par Facebook. C’est-à-dire que l’on peut télécharger une copie de toutes les photos que nous avons postées, l’historique de la totalité des statuts que nous avons publiés, notre liste d’amis… Mais attention : récupérer ces données ne veut pas dire qu’elles sont effacées du serveur de Facebook. Il n’existe pas de « droit à l’oubli » en France aujourd’hui et il est très difficile de légiférer sur la question.

Propos recueillis par Camille Laurans

 

 

Quid des paramètres de confidentialité ?

  1. Il faut prendre garde à bien régler tous les niveaux de confidentialité (statuts, photos, anciennes publications, etc.) sans en oublier !

  1. Gare aux astuces de Facebook ! Tous les six mois environ, sous prétexte d’une modification d’algorithme ou d’une nouvelle fonctionnalité, Facebook remet en exposition maximale tous les paramètres de confidentialité. À nous de les contrôler très régulièrement…

 

Publié le