Quand bébé dit non !

Comme Ferdinon, le nouveau héros de Picoti, votre bébé est devenu un brin rebelle ? Rien d’inquiétant, c’est simplement que votre petit agneau est en pleine phase d’opposition. La psychologue Léa Ifergan-Rey nous parle de ce passage obligé, qui permet à votre bébé de s’affirmer et de grandir !

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Qu’est-ce que la phase d’opposition ?

Léa Ifergan-Rey : C’est une période de la petite enfance, qui commence généralement vers 18 mois et se termine vers l’âge de 3 ou 4 ans, pendant laquelle le mot préféré de l’enfant est « non ». Il refuse d’obéir, boude volontiers et se met à édicter des interdits aux adultes et même à ses peluches et à ses poupées. Systématiquement, qu’il s’agisse de contraintes (aller au bain, sortir du manège, etc.) ou de ses activités favorites, c’est non ! Il refusera son histoire préférée ou fera la grève de la faim devant un plat qu’il adore.

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Pourquoi le tout-petit se met-il à dire non ?

Léa Ifergan-Rey : Pour comprendre les enjeux qui se cachent derrière la phase d’opposition, il faudrait remplacer « non » par « moi » et appeler cette période la phase « d’affirmation ». Pour l’enfant, dire non est l’un des premiers moyens de s’affirmer face à ses parents et d’exister indépendamment d’eux. Vers 18 mois, il commence à prendre conscience de son identité et du fait que ses désirs ne sont pas les mêmes que ceux de ses parents. Il s’oppose alors à eux, provoquant une réaction désagréable pour lui : ils vont se fâcher, rouspéter, punir… L’enfant s’assure ainsi qu’il est différent d’eux. S’il disait oui et allait dans le sens de leurs désirs, il aurait l’impression, au contraire, d’être confondu avec eux.

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La phase d’opposition est-elle normale ?

Léa Ifergan-Rey : Oui ! Pratiquement tous les enfants la traversent. Pour certains, elle dure quelques semaines, pour d’autres quelques années, avec différents degrés d’intensité. Cette phase est certes contrariante pour les parents, mais elle est aussi rassurante : ce stade du développement est universel et sain. L’enfant est en train d’affirmer ses désirs, sa personnalité, et se rend compte qu’il a des pensées qui lui sont propres. C’est le signe qu’il se construit psychologiquement, qu’il grandit et qu’il s’autonomise.

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Comment réagir, en tant que parents, à la phase d’opposition ?

Léa Ifergan-Rey : Il s’agit d’interpréter judicieusement les « non » de l’enfant. Les parents accepteront un « non » authentique, qui témoigne de ce qu’il ne veut pas. Le « non » systématique, qui correspond à la phase d’opposition, traduit quant à lui une interpellation de ses parents. Il signifie : « Moi je pense que non, et toi ? » Inconsciemment, l’enfant attend une réponse, favorable ou non, et réclame ainsi un cadre et des limites. Les parents doivent déterminer les sujets sur lesquels ils seront intransigeants et ceux sur lesquels ils seront plus souples, et trouver des solutions « gagnant-gagnant ». Par exemple, si l’enfant refuse de sortir du bain parce qu’il a envie de jouer, il est possible de s’adapter et de le laisser encore 5 minutes (une seule fois évidemment). En revanche, il est hors de question qu’il ne donne pas la main pour traverser ou ne se lave pas les dents avant d’aller se coucher (santé et sécurité ne se discutent pas). Plus l’enfant sera agité, plus les parents devront adopter une posture puissante, confiante, ferme et calme. Ils veilleront à ne pas transformer l’opposition en débat avec l’enfant, car celui-ci ne doit pas avoir l’impression d’être un interlocuteur symétrique aux parents. On pourrait imaginer la réaction d’un éléphant face à une fourmi : il est fort, calme et tranquille. Ils transmettront ainsi leurs règles et établiront un cadre structurant et sécurisant pour l’enfant.

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Peut-on devancer le « non »?

Léa Ifergan-Rey : Il est sain que l’enfant dise non, mais on peut éviter que cela dégénère en crise. Les parents peuvent annoncer le déroulement d’une activité (par exemple, dire d’avance le nombre de tours de manège que l’enfant pourra faire, puis les décompter jusqu’au dernier). Les parents peuvent également permettre à leur tout-petit de s’affirmer en lui proposant deux options. Ces choix « contrôlés » lui donnent l’occasion d’acquérir une certaine autonomie et de s’approprier ses goûts, tout en restant sous la vigilance de ses parents. On veillera aussi à éviter les questions du type : « Tu veux bien me donner la main pour traverser ? » On ne doit jamais donner la possibilité à l’enfant de s’opposer sur ce qui est obligatoire pour lui.

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La phase d’opposition est souvent une étape difficile à vivre pour les parents. Comment les soutenir ?

Léa Ifergan-Rey : La phase d’opposition questionne beaucoup les parents, notamment sur leur propre capacité à s’affirmer vis-à-vis des autres. De plus, ce n’est pas toujours facile de se restreindre soi-même, de se frustrer (de ne prendre qu’un chocolat ou de ne regarder qu’un épisode de la série par exemple !). Tenir sa position face à un tout-petit en pleine phase d’opposition et rester convaincu du bien-fondé de cette posture est tout aussi difficile. Mais courage ! Rappelons-nous que c’est pour aider l’enfant à bien grandir et à être heureux plus tard que l’on doit honorer ce rendez-vous de son développement.

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Léa Ifergan-Rey est psychologue clinicienne à Paris. La guidance parentale est l’une de ses spécialités : elle accompagne et soutient des parents qui rencontrent des difficultés éducatives ou familiales.

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Dossier réalisé par : Elise Rengot

Illustrations : © Clothilde Delacroix

Publié le