A petits pas dans l’eau

Un bébé aime-t-il toujours l’eau ?

Catherine Potel : Le lien qui existe entre bébé et l’eau est très fort. En effet, l’eau était son tout premier environnement dans le ventre de sa mère. Après la naissance, le contact avec l’eau devient quotidien avec le rituel du bain. Donc tous les bébés sont habitués à l’eau et apprécient le plus souvent son contact. Mais l’environnement de la piscine est bien différent de celui de la salle de bains. Face à la quantité de stimulations et d’informations qu’il reçoit (odeurs, bruits, température), le bébé peut prendre peur. Au parent d’avoir les bons gestes pour rassurer et accompagner l’entrée de son bébé dans l’eau.

Quels sont les gestes qui rassurent le bébé ?

  1. P.  : Dans l’eau, la qualité du portage est essentielle. Un tout petit bébé doit être porté en face à face, bien maintenu contre son torse. La main de l’adulte sous le sacrum, dans le dos ou sous la nuque donne un soutien axial. Cette position sécurise l’enfant en lui donnant la sensation corporelle d’être maintenu au niveau de la base. Le « tout-contre » ne dure jamais très longtemps. Petit à petit, les membres du bébé vont se déplier, son corps va se délier. L’adulte doit alors se laisser guider par le regard et le corps du bébé. Un peu plus tard, quand la position assise est bien maîtrisée, le bébé va pédaler dans l’eau, chercher des appuis sur différentes parties du corps de l’adulte. Il va aussi essayer d’attraper des objets qui flottent. Si le bébé se sent à l’aise, on peut alors le mettre dos contre nous pour élargir le champ de ses explorations visuelles et tactiles. La clé est de toujours se laisser guider par les mouvements de l’enfant, et surtout de ne rien forcer. L’enfant est aussi très sensible à la nervosité de l’adulte. Plus vous serez calme, détendu et heureux, plus l’enfant le sera ! Se sentant en sécurité et entouré, il pourra alors tirer tous les bénéfices de ces premiers moments dans l’eau.

Et pour les enfants plus grands ?

  1. P.  : Vers 2 ans, s’il est habitué aux activités aquatiques, l’enfant s’échappera assez rapidement des bras de ses parents. Dans le cas contraire, il aura un moment d’adaptation plus ou moins long selon sa personnalité. Très à l’aise sur le sol, l’enfant de 2 ans doit réapprendre à se mouvoir dans l’eau afin de contrôler son équilibre et la pesanteur de son corps. Les parents peuvent se servir de tapis ou de frites flottantes (souvent à disposition dans les piscines publiques), des relais qui permettent à l’enfant de faire ses expériences librement. Les parents sont donc là pour l’accompagner, le guider, mais aussi lui faire prendre conscience du danger. En effet, l’âge de 2 ans est une période jubilatoire pour l’enfant qui se sent tout-puissant et qui peut, dès la première appréhension passée, se mettre dans des situations à risques.

Qu’apportent les séances de bébés nageurs ?

  1. P.  : Il est bon de rappeler que les activités de bébés nageurs n’ont pas pour objectif d’apprendre aux tout-petits à nager précocement. Elles sont d’ailleurs mal nommées, puisque l’enfant n’aura les capacités psychomotrices pour nager – coordination et maîtrise de son corps – que vers 6 ans. Comme tout jeu, l’activité aquatique développe la curiosité et est un médiateur de la relation entre l’adulte et l’enfant. La spécificité de l’eau est qu’elle permet une approche très intéressante du corps en mettant en éveil tout un panel de sens, du toucher à l’ouïe, et en développant de nombreuses capacités psychomotrices : locomotion, préhension, tonicité… De plus, l’eau est fascinante pour l’enfant. Il peut passer de longs moments à la transvaser d’un récipient à un autre. Faire entrer et sortir l’eau : un jeu de maîtrise qui de façon symbolique renvoie à l’image de son corps. L’enfant prend ainsi conscience des notions d’extérieur et d’intérieur, ce qui va lui permettre, petit à petit, d’acquérir la propreté. L’eau s’avère donc être un terrain de jeu particulièrement complet pour le jeune enfant, à condition que tout soit fait pour sa sécurité et son bien-être.

Propos recueillis par Émilie Bélard.
Catherine Potel est psychomotricienne. Elle est l’auteur de Bébés et parents dans l’eau, aux éditions Érès.

Sécurité avant tout !

Attention : les activités d’eau en piscine, quand l’attention des adultes est toute tournée vers les bébés et les jeunes enfants, ne sont pas comparables aux activités aquatiques en mer, lac ou autres. Les adultes doivent alors redoubler d’attention, car les petits enfants n’ont pas la maturité nécessaire pour faire la différence. L’eau est pour eux un terrain de jeu. Prudence, donc, notamment en été !

Bouée, brassards ou flotteurs ?

Dans une activité bébés et parents dans l’eau, les brassards, les bouées ou les maillots de bain bouées ne sont pas nécessaires. Au contraire, ils gênent, car ils empêchent l’enfant de faire ce travail d’équilibration qui lui permettra de trouver une aisance aquatique et, par ricochet, terrienne. Ceci sous-tend toute l’attention des adultes, animateurs, maîtres nageurs et parents. Par contre, dès que l’on sort d’une activité cadrée, la sécurité est à assurer avant tout et la bouée est à utiliser de préférence car elle ne bloque pas les mouvements des membres supérieurs.

 

 

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