À l’école des tout-petits

À l’école maternelle, les enfants sont les bienvenus dès 2 ans. Mais pourquoi scolariser son bébé si tôt ? Que va-t-il apprendre en toute petite section ? Jocelyne Guégano (conseillère pédagogique) et Maïa Broudo-Benjelloun (institutrice) répondent à nos questions.

 

Tous les enfants de 2 ans peuvent-ils être scolarisés ?

Jocelyne Guégano : L’accueil des enfants de moins de 3 ans est assuré en priorité dans les environnements sociaux défavorisés (particulièrement dans les REP*, réseaux d’éducation prioritaire). Dans ces réseaux, quand les parents en font la demande, les communes s’arrangent pour leur trouver une place, même si ce n’est pas toujours près du domicile. Hors REP, l’accueil des tout-petits se fait en fonction des places disponibles, les enfants de 3 ans restant prioritaires.

Quel est l’intérêt de scolariser un enfant dès 2 ans ?

Jocelyne Guégano : À l’école, les tout-petits apprennent à tisser des relations sociales avec des adultes et avec leurs pairs. Ils développent ainsi des modes de communication variés et apprennent à s’inscrire dans un groupe, avec leur singularité respectueuse des autres. Cela élargit ce qui se passe dans le cadre familial qui est assez restreint et régi par des relations affectives. La scolarisation est intéressante à 2 ans, car c’est l’âge où l’enfant entre dans le langage. L’école soutient, stimule et nourrit ce rapport à la langue si important dans la poursuite d’une scolarité réussie.

Un tout-petit risque-t-il de souffrir de la vie en collectivité ?

Jocelyne Guégano : Être noyé dans la collectivité serait négatif pour un enfant de 2 à 4 ans. Mais ce n’est pas ce qui arrive à l’école ! Les enseignants de maternelle savent accueillir les tout-petits avec bienveillance. Ils ont des formations spécifiques et de nombreuses ressources pédagogiques disponibles pour s’adapter à leur développement et à leur besoin de sécurité affective. Leurs classes comptent de 25 à 30 enfants, mais les tout-petits ne sont pas souvent en grands groupes dans la journée. Ils font la plupart du temps des activités individuelles ou en petits groupes de 2 à 6 enfants. Ce qui est vraiment déterminant pour qu’une scolarité précoce soit réussie, c’est de parler en amont avec l‘enfant de son entrée à l’école et de ses modalités.   

Une journée entière à l’école n’est-elle pas trop longue à 2 ans ?

Jocelyne Guégano : Non, les enseignants rythment la journée par des temps courts et variés pour qu’elle soit adaptée aux besoins des tout-petits. Si les parents décident de scolariser leur tout-petit, je leur conseille de rentrer complètement dans le dispositif tel qu’il est pensé, c’est-à-dire à la journée. Si l’enfant ne va à l’école que le matin, il lui manquera des expériences que les autres auront vécues l’après-midi. Il peut toutefois y avoir une progression : l’enfant peut d’abord aller à l’école uniquement le matin, puis on ajoute l’après-midi, puis la cantine. Cette adaptation peut se faire sur un mois, voire plusieurs mois pour les plus jeunes. Dans tous les cas, il faut faire attention au temps périscolaire et le limiter s’il n’a pas été réfléchi spécifiquement pour les 2 ans.

À 2 ans, vaut-il mieux scolariser son enfant dans une toute petite section ou dans une classe à deux niveaux ?

Jocelyne Guégano : Chaque dispositif a ses bénéfices. Dans les classes mixtes, les 3 ans ont les mêmes besoins que les 2 ans. Mais, comme ils ont quelques mois de plus, ils peuvent avoir un effet d’émulation sur leurs camarades plus jeunes. Le tout-petit apprend beaucoup par imitation et le contact avec les plus grands l’aide à grandir. Les classes avec exclusivement des moins de 3 ans ont d’autres avantages : l’enseignant peut avoir un projet vraiment spécifique pour les 2 ans, avec des ATSEM en plus et une organisation plus souple.


Jocelyne-Guegano

 

 

 

 

Jocelyne Guégano est conseillère pédagogique mission départementale maternelle en Haute-Garonne.


 

Dans la classe

Maïa Broudo-Benjelloun est institutrice à Toulouse, dans une classe de 12 tout-petits et de 11 petits, en REP + (réseau d’éducation prioritaire renforcée). Elle nous raconte comment elle travaille avec les 2 ans.

« En début d’année, l’ATSEM et moi travaillons beaucoup sur la séparation avec la famille. En REP +, beaucoup d’enfants n’ont pas quitté leur maman avant d’entrer à l’école et ils arrivent très anxieux. Nous leur proposons des activités qui vont les sécuriser dans la classe. Différents espaces (le coin des jeux d’imitation, des arts plastiques, un espace motricité dans le couloir…) prennent en compte leurs besoins psycho-affectifs. Ils peuvent aller où ils veulent, à condition de respecter quelques règles minimales : ne pas déplacer le matériel, ranger après l’activité et ne pas être plus de quatre par atelier. Je n’oblige aucun enfant à venir en regroupement pour dire bonjour ou raconter une histoire : ceux qui le souhaitent restent en autonomie avec l’ATSEM.

Pour les 2 ans, le sensoriel est important. Beaucoup d’ateliers s’appuient sur le toucher et la manipulation afin qu’ils éprouvent des sensations différentes et de leur donner envie de revenir le lendemain. Par exemple : l’atelier transvasement avec un bac à sable collectif et du matériel individuel (râteau, gobelet…) pour chaque enfant. On fait aussi du découpage et du collage, d’abord en toute liberté, puis avec des consignes qui se précisent au cours de l’année. Je vise deux objectifs pédagogiques : la socialisation (avoir une place dans le groupe, développer des intentions de faire, se détacher de la famille) et le langage (verbaliser, échanger avec ses pairs, communiquer sur ses émotions). Le bagage langagier ainsi acquis facilite l’entrée dans les apprentissages structurés de la petite section. »


 

EN CHIFFRES

Début des années 2000

En 2012

Aujourd’hui

  • 35 % des enfants de 2 ans sont scolarisés.

 

  • Un chiffre en baisse dans les années 2000 pour cause de restrictions budgétaires.

 

 

 

 

 

 

 

  • 11 % des enfants de 2 ans sont scolarisés.

 

  • Le gouvernement annonce qu’il va relancer l’école dès 2 ans dans les REP (réseaux d’éducation prioritaire) et en faire un outil de lutte contre les inégalités scolaires. Il promet 75 000 places supplémentaires en toute petite section d’ici à 2017.

 

 

  • 11,7 % des enfants de 2 ans sont scolarisés (dont 30 % en REP).

 

  • Parmi eux : 40 % sont dans des toutes petites sections et 60 % sont dans des classes à deux niveaux.

 

  • 1 100 classes de toute petite section ont été créées depuis 2012, mais de nombreuses places sont restées vacantes.

 

 

Dossier réalisé par Elise Rengot

Illustration : © Laurent Simon.

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